« MAMAAAAN, je peux faire de la boxe ? » ou « PAPAAAAA, j'aimerais commencer le MMA ! » Première réaction : un petit mouvement de panique ? Parce que bon, imaginer son enfant sur un ring ou dans une cage, ça ne rassure pas forcément. Est-ce que les sports de combat sont vraiment adaptés aux kids ? À partir de quel âge peuvent-ils commencer ? Est-ce dangereux ? Et surtout, est-ce que ça risque de les rendre plus violents ? On a posé toutes nos questions à Thibaut Paoletti, fondateur de La Cage et du nouveau centre sportif CORE, à Naninne. Et autant vous dire que lui, les arts martiaux, il les recommande plutôt deux fois qu'une !
Pour Thibaut, les sports de combat ne se résument pas à donner des coups ou à apprendre à se défendre. C'est aussi une manière de développer sa confiance en soi, de mieux connaître son corps et de travailler sa psychomotricité. Et chez CORE, les enfants peuvent même s'entraîner pendant que leurs parents font leur propre séance de sport dans la salle d'à côté. Une heure de sport sans entendre « MAMAAAAN » toutes les trois minutes ? On signe où ?
Tu dis que les arts martiaux sont importants pour le développement, aussi bien chez les enfants que chez les adultes. Dans quel sens ?

Pour moi, c'est vraiment un des meilleurs moyens d'apprendre à connaître son corps. On est de plus en plus sédentaires, on passe beaucoup de temps derrière des bureaux et on répète souvent les mêmes mouvements. Les arts martiaux permettent justement d'explorer des mouvements qu'on ne fait pas forcément au quotidien. Ils travaillent énormément la proprioception, c'est-à-dire la capacité à percevoir la position de son corps dans l'espace, mais aussi la psychomotricité, la coordination et le développement physique et mental. Et puis, il y a la confiance en soi ! Ce sont des disciplines qui peuvent apporter beaucoup, aussi bien dans la vie privée que professionnelle.
Et cette passion, tu la partages aussi avec tes propres enfants et dans ton travail ?
Oui ! J'ai deux enfants, de 2 et 6 ans. Le plus petit, je l'initie moi-même, puisqu'il n'y a pas encore de cours pour son âge. Ma fille de 6 ans, elle, avait quelques difficultés de psychomotricité. Et justement, les entraînements pour les enfants sont principalement axés là-dessus. Ça l'aide énormément ! J'ai aussi une entreprise de construction, dans laquelle j'ai intégré les arts martiaux. Mes collaborateurs peuvent participer à des entraînements et accéder à la salle. J'ai remarqué que ça créait une vraie dynamique entre eux : ils sont devenus plus solidaires, des liens se sont créés en dehors du travail… C'est aussi ce qui m'a donné envie de rendre ces disciplines accessibles à davantage de monde.
Bon, soyons francs : quand on entend « MMA », on imagine surtout deux personnes qui se donnent des coups dans une cage. Est-ce vraiment une bonne idée d'y inscrire son enfant ?
(Rires) Je comprends tout à fait les appréhensions des parents ! D'ailleurs, moi-même, je n'ai pas pu commencer les sports de combat avant mes 20 ans, parce que mes parents n'en avaient pas une très bonne image. Dès que j'ai eu mon permis, j'ai couru m'inscrire dans une salle ! Il ne faut pas nier que ce sont des sports de contact, avec une certaine forme de violence. Mais justement, l'objectif est d'apprendre à se maîtriser, à contrôler ses mouvements et à respecter l'autre. Dans une bonne salle, les entraînements sont très encadrés et les partenaires prennent soin les uns des autres. J'ai fait du basket pendant douze ans et je me blessais presque chaque saison. Ça fait maintenant dix ans que je pratique les arts martiaux et je n'ai pas connu les mêmes problèmes. C'est mon expérience personnelle, évidemment, mais je trouve important de rappeler que les sports de combat ne sont pas les seuls sports dans lesquels on peut se blesser.
Mais apprendre à se battre, ça ne risque pas justement de rendre les enfants plus agressifs ?
C'est souvent la plus grande crainte des parents. Pourtant, ce qu'on cherche à enseigner, c'est exactement l'inverse : la maîtrise de soi. Certains jeunes arrivent chez nous avec des difficultés à gérer leurs émotions, leur colère ou leur frustration. Sur le tatami, ils apprennent à canaliser tout ça dans un cadre précis, avec des règles et des entraîneurs qui les accompagnent. Il y a aussi une vraie notion de respect et d'humilité. Sur le tatami, peu importe d'où tu viens ou ce que tu fais dans la vie : tout le monde est sur un pied d'égalité. On apprend à respecter son partenaire, à accepter de ne pas toujours réussir et à se dépasser. Pour moi, c'est une des plus grandes richesses des arts martiaux.
On entend aussi souvent ce genre de craintes à propos des jeux vidéo violents. Tu fais une différence entre les deux ?
Pour moi, il y a une différence importante. Quand on joue à un jeu vidéo, tout se passe dans la tête. On vit des émotions, parfois très fortes, mais sans nécessairement les exprimer physiquement. Dans les arts martiaux, c'est différent : on est confronté à ses émotions, à sa frustration et à ses limites, mais dans un cadre où l'on doit apprendre à les maîtriser. Sur le tatami, on ne peut pas faire n'importe quoi. Il faut respecter son partenaire, contrôler ses gestes et accepter de ne pas toujours gagner. Et c'est justement cet apprentissage de la maîtrise de soi qui, selon moi, peut aider certains jeunes à être plus sereins au quotidien.
Concrètement, comment se déroule un cours pour les plus jeunes ? Parce qu'on imagine mal des enfants de 6 ans se donner des coups pendant une heure !
Et heureusement, ce n'est absolument pas le but ! (Rires) On commence par des échauffements et des exercices qui leur apprennent à se déplacer, à coordonner leurs mouvements, à distinguer leur gauche de leur droite ou encore à mieux comprendre leur corps dans l'espace. Ensuite, on organise des petits jeux. C'est important, parce qu'à cet âge-là, garder l'attention des enfants pendant une heure, ce n'est pas évident ! Et on termine par une dizaine de minutes de technique. À ce moment-là, ils se sont dépensés, ils ont joué et ils sont beaucoup plus disponibles pour apprendre. Une heure suffit largement pour leur transmettre les premières bases. L'encadrement est aussi essentiel : chez nous, il y a au minimum trois coachs pour un groupe de 25 enfants.

Et pour les ados, ça devient un peu plus sérieux ?
Oui, progressivement. On conserve les exercices de psychomotricité et le côté ludique, mais on approfondit davantage la technique et les mises en situation. Les jeunes apprennent à appliquer certains mouvements avec un partenaire, toujours dans un cadre contrôlé. On fait particulièrement attention aux contacts et aux coups à la tête. D'ailleurs, chez nous, on sépare aussi les disciplines : il y a des cours de techniques debout, comme le kick-boxing, et des cours de travail au sol, notamment de jiu-jitsu brésilien. Ça permet aux jeunes de découvrir différentes facettes du MMA sans directement pratiquer un combat complet.
Certains parents inscrivent leur enfant à un sport de combat pour qu'il apprenne à se défendre, notamment lorsqu'il est victime de harcèlement scolaire. Tu en penses quoi ?
On a déjà accueilli plusieurs jeunes qui vivaient des situations difficiles. Je pense notamment à un garçon qui se faisait harceler à l'école et qui n'avait pas d'amis. En venant s'entraîner chez nous, il a progressivement pris confiance en lui et, surtout, il a trouvé un groupe auquel appartenir. Aujourd'hui, il continue à venir, plusieurs années plus tard ! Mais l'idée n'est évidemment pas de leur apprendre à répondre aux coups par des coups. On insiste énormément sur le respect, la maîtrise de soi et la responsabilité. Apprendre une technique, c'est aussi comprendre qu'on ne peut pas l'utiliser n'importe comment. Ce qui me touche le plus, c'est de voir certains jeunes trouver ici du soutien et une deuxième famille. Ils ne viennent pas seulement pour apprendre à se défendre, mais aussi pour se sentir bien et prendre confiance en eux.
D'accord, tu nous as presque convaincus ! Mais comment savoir si une salle est vraiment adaptée aux enfants ?
C'est le conseil le plus important que je puisse donner : prenez le temps de discuter avec les entraîneurs et les responsables du club. Toutes les salles n'ont pas la même philosophie. Certaines sont davantage tournées vers la compétition, d'autres privilégient une approche plus pédagogique. Il faut comprendre comment les coachs travaillent, quelles valeurs ils transmettent et si leur approche correspond à ce que vous recherchez pour votre enfant. Chez nous, on insiste beaucoup sur le jeu, la psychomotricité et l'éducation. Après les entraînements, les coachs prennent aussi le temps de discuter avec les enfants. Le respect est fondamental, jusque dans les petits détails du quotidien. Par exemple, les gros mots sont interdits dans la salle, pour les enfants comme pour les adultes ! Et puis, le mieux reste encore de venir découvrir un cours et de voir comment votre enfant s'y sent.
Last but not least : vous proposez aussi des cours pour les parents pendant que leurs enfants s'entraînent. La bonne idée pour faire son sport sans entendre « MAMAAAAN » toutes les deux minutes ?
C'est exactement l'idée ! (Rires) On a prévu deux espaces distincts : les enfants suivent leur cours avec les entraîneurs pendant que les parents peuvent faire du fitness. On a remarqué que les enfants ne se comportent pas toujours de la même manière lorsque leurs parents les regardent. Quand ils sont dans leur propre groupe, ils développent une autre relation avec leur coach, qui devient leur personne de référence pendant l'entraînement. Et pour les parents, c'est aussi une manière de garder une activité physique malgré un quotidien bien rempli. Parce qu'on sait tous que trouver du temps pour faire du sport quand on a des enfants, ce n'est pas toujours évident !
Un dernier conseil pour nos Parents Slasheurs qui hésitent encore ?
Essayez ! Si votre enfant a envie de découvrir un sport de combat, pourquoi ne pas lui donner l'occasion de tester ? Le plus important, c'est de choisir un club sérieux, avec des entraîneurs pédagogues, et de s'assurer que votre enfant prend du plaisir. Le but, ce n'est pas d'en faire un champion à tout prix. C'est de lui permettre de bouger, de découvrir ses capacités, de prendre confiance en lui et de s'épanouir. Et si les arts martiaux peuvent lui apporter tout ça, alors c'est déjà une belle victoire !